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La pratique de l’artiste 6/6


Pourquoi suivre un parcours doctorant?

Ma passion est dévorante. La recherche entreprise mérite d’être divulguée aux chercheurs de sciences humaines, tout en étant reconnue d’une manière plastique. Sans le soutien universitaire, il est peu probable que ce travail puisse vraiment éclore d’une façon utile.

Mais pour autant, cela justifie-t-il le doctorat en art ? Certainement puisque la recherche plastique ne suit pas la même logique que celle des sciences humaines. La recherche scientifique et l’art peuvent se révéler complémentaires. Entreprendre un doctorat d’art n’est pas un frein à la tentative d’obtention d’un doctorat de sciences humaines et sociales en parallèle.

Les références aux rites d’Éleusis, et partant de là de Bacchus, donnent à l’ensemble de mon labeur les bases d’une philosophie des cérémonies d’agrégation des étudiants par la survivance d’un culte, tout autant que leur esthétique. L’histoire des universités, et principalement celle liée à la Bazoche, lui offrent un passé sur lequel s’appuiera la création. Le roman plastique lui apporte sa forme.

Le doctorat en art, tel que je l’envisage, n’est que la suite logique de ce que j’ai déjà puent reprendre, à savoir beaucoup de lectures, d’incorporations au sein de rites européens différents, conclusions écrites d’une part et travail d’art ensuite,sous des mediums parfois jamais explorés de façon personnelle, mais sous la tutelle avisée d’un directeur (trice) de thèse, et riche de l’ensemble des compétences que peuvent donner les accès aux universités et écoles d’art,telles que l’aide à la compréhension de textes en latin médiéval qui me sont totalement obscurs et me permettraient d’enrichir encore l’ensemble de ma recherche. Ma quête se révèle donc une approche théorétique, c’est-à-dire à une étude d’un objet qui met entre parenthèses pour un temps la question de l’art,associée à une pratique artistique poétique.

Mes principaux axes de recherche seront donc orientés par la veille et la tentative de compréhension des rites étudiants au niveau international, par la recherche anthropologique, ethnologique, sociologique, la recherche psychologique et psychanalytique, la recherche historique, la recherche métaphysique, et leur vulgarisation par les voies narratives et artistiques sous tout médium connu et inconnu.

De ces axes découleront une réflexion du modèle (les rites existants ou ayant existé) au sujet (la tradition fictive et la narration), mais aussi une réflexion du sujet au public, et une réflexion à propos des principes d’innovation constante du sujet dans le champ artistique. 

Conclusions

Je montre par l’exemple mon labeur qu’il est possible d’envisager une approche à la fois scientifique et artistique des choses. L’art doit pouvoir se montrer comme une nouvelle ouverture à la cumulativité de la recherche scientifique, par l’exploration de la voie émotionnelle, et l’interprétation qui en sera proposée par les sciences cognitives, humaines et sociales. 

Tout comme l’annonçaient la musique savante et l’écriture des romans à forte teneur scientifique, tout art doit être à même de devenir un moyen de médiation scientifique. Or, la médiation doit pouvoir se pratiquer dans les deux sens. Un roman d’anticipation mettra les chercheurs face aux risques de dérive de leurs recherches. Tout autant mon approche démontre un renoncement des universités à asseoir une réflexion de l’ordre du «muthos» associée à celle du «logos»,rejetant de ce fait la moitié de la culture grecque dont nous sommes issus.

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La pratique de l’artiste 5/6


Méthode de travail … artistique

Le contexte est alors pris comme base d’un univers qui servira de base à la création d’un roman plastique.

Le roman plastique est une méthodologie permettant de réfléchir une œuvre plastique sous un angle d’écriture scénarisé, et de travailler l’ensemble composé d’histoire, de socialité, de mythes, de décors, de costumes, d’objets, comme autant d’éléments fondamentaux de la narration, et dans un même temps, que chacun d’eux soit considéré comme une œuvre à part entière. La création du roman plastique s’inscrit dans la philosophie d’un art à la fois social et symbolique, permettant de proposer des alternatives idéalisées, mais viables, dans l’optique d’améliorer le quotidien.

Tocquarde à la coiffe,commandant RoSWeLL, 2015, crayons de couleur

Je présente la tradition des Tocquards. Celle-ci est, nous l’avons vu, fictive et compose mon travail d’art proprement dit. Fictive, pour plusieurs raisons, mais la principale est de me permettre de tout évoquer – du plus léger au plus grave –sans que telle association ou telle corporation se voie accuser de bizutage.Cela possède l’avantage non négligeable de ne pas dénaturer l’efficience durite auprès de quelqu’un s’apprêtant à le vivre – car à trop savoir de choses sur les rites coupe la fonction même de celui-ci.

Ainsi, mon projet va-t-il s’étoffer par la création d’une exposition itinérante associée à une chaîne de courts clips vidéo transmettant de façon ciblée les aspects de ma recherche.  C’est toute une ligne du temps qui va se créer au fil des époques évoquées.

L’exposition itinérante se rendra  idéalement d’université européenne en université européenne, peut-être sous un label  fictif de « fédération des universités partenaires à la compréhension et à la réflexion de la meilleure façon de perpétuer éthiquement les rites d’agrégation.» ? L’exposition sera composée d’artéfacts réels issus des rites d’agrégation étudiants, et d’art dont la forme entremêlée laisse l’illusion d’un cheminement anthropologique vers la compréhension d’un rite particulier : celui des Tocquards.

La tradition des Tocquards est donc elle-même mythifiée par l’artiste, qui s’arrange de plus en plus souvent pour la faire vivre en dehors de sa présence, comme le prêt d’une tocque à des complices se rendant en congrès festifs d’étudiants ritualisés, et produisant en retour des photos in situ, prises sans aucun contrôle. 

Ainsi, sur une photo reçue, une demoiselle se présente le torse dévêtu, faisant et portant la coiffe. Sa tenue, et son attitude démontre une volonté d’aguicher, mais aguicher qui? Ni le photographe, ni l’homme à côté d’elle, qui sont mes ambassadeurs lors de ce congrès étudiant et dont j’ai reçu le témoignage, ni la personne en présence de la photo qui ne peut recevoir cette vue en prenant cela comme une invitation. Il s’agit d’une posture, à l’image des ménades, ayant rejeté toute norme civilisatrice, mais juste le temps de la fête, avant de rentrer dans le rang. Cela démontre que dans les traditions d’agrégation,idéalement et donc dans la plupart des cas, le respect d’autrui sans condamnation de sa façon d’être ou de ses mœurs est de mise, comme personne ne prendra une tenue légère pour un appel au viol.

Il est encore une fois important de prendre acte le principe d’inversion des valeurs. Cela n’ôte rien au risque représenté de non contrôle de soi sous influence d’alcool,entraînant des actions pouvant se révéler dommageables pour autrui ou poursoi-même. Mais ces traditions ont pour tâche d’apprendre à leurs novices à ne pas franchir les limites par une meilleure connaissance personnelle acquise dans les marges. 

Nous le voyons, l’expérimentation artistique amène de nouveaux éléments à exploiter de façon plus scientifique.

Dans le registre qui m’occupe, la multiplication de documents visuels semblant de plus en plus réels, et se multipliant au gré des différents mediums, sera par voie de conséquence, tributaire de la recherche, et la recherche sera également informée des éléments utiles apparus dans le champ de l’expérimentation artistique.

La volonté de l’artiste de situer l’origine de la tradition des Tocquards dans la Normandie médiévale par une survivance d’une corporation réelle, ayant vécue quatre centenaires, permet aussi d’asseoir des références dans un rayonnement régional.

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La pratique de l’artiste 4/6


Méthode de travail … pré scientifique

Au fil du travail, l’un des aspects qu’il me sera important de mettre en valeur à l’avenir, est lié à l’histoire même des mythes originels. Ces mythes démontrent sans équivoque que l’humour paillard, la grivoiserie, la misogynie, ne sont le plus souvent que des inversions de valeurs produites par le rituel afin d’enseigner le contraire de ce que l’on provoque.

Pour l’exemple, si l’on accepte l’idée que le mythe originel provient de Bacchus, il faut en conclure qu’il est respectueux de la féminité. Bacchus en effet, libère la femme sauvage, pour reprendre le terme de Clarissa Pinkola Estès.

Bien sûr, les cadeaux du dieu sont à double tranchant, et si la femme se laisse emporter au-delà du raisonnable, elle en vient à tuer l’homme, qu’il soit le fils (Penthée assassiné par sa propre mère) ou celui qui la charme (le démembrement d’Orphée par les ménades). Bacchus apprenant le sort d’Orphée, de chagrin transforme alors les ménades en arbres. Ne peut-on y voir aussi la menace qui court sur la féminité qui, rejetant l’homme, sera réduite à n’être perçue par lui que comme une plante ornementale?

L’inversion des valeurs dans les principes rituels étudiants est visible, notamment dans les fresques de salles de garde des médecins. Ces œuvres décriées pour une esthétique devenue soudainement choquante, n’ont plus droit de cité pour délit de machisme. Pourtant, il est démontré que les bienfaits psychologiques liés à ces périodes de marges aident les professionnels à assumer les difficultés de leur quotidien. De grands artistes se prêtèrent au jeu de ces illustrations murales à caractère paillard : Foujita,Toulouse-Lautrec, … Ils seraient à présent dénoncés pour culture patriarcale et intentions de viol. La répression remplace la bienveillance d’antan. Les néo-ménades tuent Orphée à nouveau. 

Penchons-nous à présent sur les principes régissant les rites étudiants… Leur mode de vie ritualisé peut se définir selon plusieurs axes : Sexisme, Autoritarisme,Racisme (blagues), Alcoolisme, Tabagisme, Volupté, Obscénité, Sadisme, Brutalité, Austérité, Ennui, Pénibilité

Cela fait-il des rieurs de blagues racistes ou machistes des gens dont l’esprit est profondément convaincu du bienfondé de ces blagues ?  La sympathie mise en place s’opère –lorsqu’elle est efficiente – en inversant ces valeurs, et cela nous apparaît sous un autre jour, plus en accord avec les principes fondamentaux des premières universités : Égalité des sexes, Accompagnement, Égalité des races et des espèces, Hédonisme contrôlé, Chasteté, Pudeur, Décence,Altruisme, Douceur, Dévouement, Tendresse, Bonté, Humour.

Ce que ces pratiques mettent en place réactualise l’idée initiale transmise par le rite,et régénère l’ensemble de la corporation de métier. Notre société contemporaine cultive depuis trente ans la récession des libertés individuelles. Ce qui était de l’ordre de la normalité à l’époque est devenu un acte répréhensible.L’histoire des rites étudiants étudiée comme marqueur-clé nous indique une volonté de museler très poussée. Soit les corporations rentrent dans le moule,soit ils sont menacés de disparition. La crainte engendrée modifie profondément les rites en les expurgeant. La violence des traditions disparaît, mais ces coutumes ne libèrent plus l’individu. La pression engendrée par les études n’est plus canalisée, et cela pousse la jeunesse à tenter de se défouler d’une autre manière.

Tout comme l’abandon de l’usage d’un officier de l’université pour diriger les deposito (nom donné aux bizutages du moyen Age et à la Renaissance), ayant laissé à l’appréciation des seuls étudiants et de leur niveau de maturité ce qui était ou non pratiqué lors des cérémonies, dont résultent tous les débordements que nous connaissons, les législations anti-bizutage sont à l’origine de la pratique du Binge Drinking, où les jeunes s’enivrent sans encadrement avant même de sortir. De plus la pratique est moins coûteuse.

La charge de Depositor était souvent confiée au bedeau. Nous le voyons environné des objets de sa charge. Source : Dr Paulgerhard Gladen, Gaudeamus Igitur Die studentischen Verbindungen einst und jeitzt, verlag Callwey, München, 1986, réédition 2001, page 94


En modifiant les aspects traditionnels par suppression ou augmentation, on modifie durablement le rapport de forces. De même, l’aspect militaire de plusieurs pratiques est consécutif aux suppressions des universités par la Révolution française, à leur réouverture un peu plus tard, et à leur militarisation par Napoléon. Aucun centre d’étude ne fut épargné. L’étude de Brigitte Larguèze sur les codes vestimentaires des bizutages en témoigne.

De là, nous pouvons en déduire une constante :

«Tout rite remodelé pour tenir compte des modifications sociétales se voit affaibli et dénaturé. Seule la pratique de celui-ci, réajustée au fil du temps, permettra au rite d’être optimal.»

Il faut aussi prendre en compte qu’une partie du rite permettra, par action de sympathie, de renouveler l’ensemble du rite, comme en témoigne Marcel Mauss.

Ainsi la recherche me permet à la fois de nourrir un contexte, et de proposer un nouvel angle de perception du sujet aux sciences humaines. La connaissance du sujet permet même de proposer des constantes qui pourront servir de loi sociologique le cas échéant.

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La pratique de l’artiste 3/6


Roman plastique et pratiques contemporaines

Il est d’usage, lorsque l’on innove en art, comme on le ferait dans les matières scientifiques, d’établir un état des lieux, sorte d’hagiographie des prédécesseurs, afin d »induire une cumulativité. Et mon parti-pris possède bien sûr des prédécesseurs.

Tocquarde, commandant RoSWeLL, 2018, crayons de couleur sur papier A4

La recherche sociologique à propos des étudiants fut aidée par l’étude concernant les étudiants et les grisettes de Paul Gavarni. Toujours dans le registre associant les sciences et l’art, comment ne pas débuter par Boris Vian et ses tableaux scientifiques classifiant la gravité des insultes, ou encore Michel de Spiegeleire qui introduit le sulfureux Alexandre Humboldt-Fonteyne,  cet explorateur et scientifique, dont la collection de curiosités muséales emprunte au monde des légendes ses plus belles représentations. Cette personne étant de facto fictive, elle nous entraîne dans un registre où sciences et arts sont inextricablement mêlés.
Charles Fréger aussi, dont les photographies proposent une approche ethnologique parfois créée de toutes pièces. L’art sociologique de Fred Forest  explorant les médias et bousculant les postures institutionnelles. La recherche de Wim Delvoye sur Cloaca associe un art scatologique avec une production scientifique. L’aspect muséal est également très présent, par le belge Johan van Geluwe qui proposes on « the museum of museums »,
ou  chez les français, Richard Rak dont le travail visite la cartographie, et Driss Sans-Arcidet et son « musée Khombol».

Toutefois, aucun d’entre ces artistes ne propose de concept approchant le roman plastique, sorte d’art total où tout fait sens.

Ce processus d’insertion de la fiction dans la réalité est en cours de mise en forme, et n’en est qu’à ses balbutiements. Je désire le voir suffisamment réel pour provoquer le doute, mais de manière à ce qu’il ne tienne pas à un examen approfondi.À terme, c’est l’artiste qui doit l’emporter sur la science. Mais en ayant distillé suffisamment de pertinence que pour voir les scientifiques l’évoquer et s’orienter sur le même chemin. Telle est ma vision politique de l’œuvre. 

Pour autant,mon approche artistique résonne aussi avec la poésie des travaux de Matthew Barney, notamment le Cremaster cycle, par la mise en place d’un univers tantôt réel, tantôt onirique, à ceci près que les contraintes de coller à une «véracité du propos » m’obligent à une certaine retenue transgressive.

Dès lors, ma créativité s’exprime sous d’autres formes, et j’ai testé en « live » leurs possibilités réalistes par la mise en place sur le terrain étudiant d’organes corporatifs répondant aux codes sociaux et à l’esprit de ces traditions, mais proposant des alternatives à la fois normatives (propositions opératives diverses) et esthétiques (formes rituelles et vestimentaires), telles la Coterie des Libres Chanteurs en 1994 à Bruxelles et la Confrérie Ubuesque Indépendante des Trouvères Éméchés en 2006 à Lille. De ces périodes, seules quelques traces subsistent. Ces expériences tenant autant de l’anthropologie que de l’art furent déterminantes dans la suite de mon travail, puisque c’est par elles que j’en suis venu à évoquer une tradition fictive par le roman plastique.  

Deux livres pour une seule couverture. Deux titres pour une maxime. « J’y crois… car c’est absurde ».
Conçu, écris, mis en page, et édité en livre d’artiste en novembre 2018 par commandant RoSWeLL.
Tirage numéroté et signé par la main de l’auteur.

Credo quia … absurdum

En rédigeant en 2018 le double ouvrage
« Credo quia » & « absurdum » j’ai présenté d’une part un essai personnel concernant les liens tissés entre l’art et les rites étudiants au fil du temps, autant dans les liens concernant les arts de la protohistoire jusqu’à nos jours, qu’avec les pratiques d’agrégations, que dans la diffusion des modes de vie passant des étudiants aux artistes, et des artistes aux étudiants.  Cet aspect n’y est pourtant qu’à peine ébauché, et mériterait un approfondissement.

Dans l’essai «Credo quia », je propose une présentation exhaustive de plusieurs rites d’agrégation des étudiants universitaires européens par l’approche de leur apparence. L’aspect esthétique y est à peine survolé et déjà se profilent une foule de renseignements que l’on ne prend pratiquement jamais en compte dans les travaux préalables les concernant. Pourtant, l’esthétique de ces rites est très définie, et c’est souvent par elle, comme par « l’esprit de la tradition»que s’effectuent toutes choses dans ces sociétés. Cette esthétique révèle la perpétuation, par succession de syncrétismes, des premiers mythes (Inanna à Babylone pour la plus ancienne, Bacchus et Jésus-Christ pour les plus récentes)qui transférèrent leurs mystères de façon tronqués aux étudiants dès la proto-université d’Abélard.

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La pratique de l’artiste 2/6


Nécessités de la recherche

Pour obtenir la compréhension nécessaire à mes buts, il me faut par conséquent approcher autant les sciences humaines (sociologie, anthropologie, histoire, psychologie,les fondements de la psychanalyse, …) que l’actualité (presse, politique, mais également au sein de ces traditions), et bien sûr l’art.

Commandant RoSWeLL devant ses œuvres, 2017, crédit photo : Nathalie Lecornu-Baert pour Ouest-France Caen

L’art se révèle dans mon travail comme l’unique façon de présenter ce qui tient non pas de la connaissance raisonnée (logos), mais de la connaissance sensible (muthos) plus couramment évoquée sous le vocable de « voie du cœur ». C’est à cette fin qu’il me paraît impératif de pouvoir produire une recherche qui ne serait plus réduite à une passion, mais qui serait un travail universitaire. Un travail qui ferait sens autant dans son aspect de recherche que dans sa dimension artistique. Mais pour que cette approche puisse être reconnue par la science –et donc faire sens, il faut envisager une plastique formelle compatible aux codes universitaires.

C’est à cette fin que j’envisage une thèse orientée sciences humaines ayant vocation à produire de l’art.

Difficultés rencontrées

Le doctorat d’art est très imprégné des tendances actuelles en termes d’esthétique, puisque les jurys votant pour départager les candidats vont naturellement s’orienter vers ce qui leur ressemble. Ce qui leur parle sera donc très graphique, et moins dans l’approche cumulative des connaissances.

Il est donc malaisé, pour ma candidature en doctorat, de se placer en tête des choix posés,mon sujet leur apparaissant plus scientifique qu’artistique. A l’inverse, pour les jurys en sciences humaines, ce sera l’aspect artistique, par définition non scientifique, qui sera retenu.

Problème insoluble?

La volonté affichée d’ouverture transversale entre les disciplines scientifiques et l’art se propage dans notre culture de façon timide. Des appels à résidence d’artiste devant établir une connexion avec la recherche se propagent à travers le monde,mais cette ouverture relève fréquemment d’une simple justification pour des œuvres où la notion de sciences  reste très marginale.

Ma production est élaborée sur le concept d’écriture plastique. Tout comme les auteurs de fiction qu’il s’agisse de romans, de bande dessinées, de nouvelles, de sénarii de films, de séries,  ou encore d’écriture radiophonique, le roman plastique présente une création narrative.Pour ce qui me concerne, il s’agit d’une forme de science (humaine) fiction,qui s’avère très proche de la sociologie narrative.

La sociologie narrative est une médiation entre les sciences sociologiques et l’art.

A découvrir sur  le site de l’université Paris Diderot.

Explications de ma démarche

Depuis l’origine de ma passion, je dus faire face à une lutte permanente pour ordonner, et agencer le fruit de mes réflexions. Si l’on ouvre le Syllabus de Guindaille édité aux éditions Jourdan Le Clercq en 2002, nous constaterons déjà plusieurs choses.

Syllabus de Guindaille, Commandant RoSWeLL, 2002, éditions Jourdan le Clercq, disponible uniquement auprès de l’artiste.

L’immaturité du propos est assortie d’un réel travail de terrain sociologique. L’aspect scientifique y est toutefois absent, ce qui démontre qu’il ne s’agit que d’empirisme.

Pendant trop d’années, ma recherche fut solitaire, incomprise autant par mes pairs du monde des arts que de ceux des traditions étudiantes. Toutefois, ces traditions m’ont servies de laboratoire et permis de tester en conditions réelles des idées symboliques, des rituels élaborés sur base de mes connaissances en associant àla fois des savoirs issus de la recherche, et de l’esprit des rites acquis sur le terrain immersif.

Ce n’est qu’avec le recul que je me suis aperçu du chemin accompli selon une méthode que désapprouverait partiellement la science pour cause de non reproductibilité.

Ces tentatives balbutiantes m’ont donné le substrat pour implanter le roman plastique. Et la méthodologie qui permit de l’accomplir pourrait être un jour employée par la science, afin d’y apporter la rigueur méthodologique absente, dans le dessein d’établir un protocole de travail permettant une médiation entre la recherche et les arts.

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La pratique de l’artiste 1/6



La vision de l’art m’est personnelle. Je m’applique à me tenir  hors des conventions. Cela implique chez moi l’approche des sciences humaines et sociales. Mon parcours atypique, déscolarisé avant l’obtention du bac, enfin, de son équivalent belge, j’ai bataillé dur pour suivre ma voie. Titulaire à présent d’un DNSEP arts,j’éprouve le besoin d’entreprendre à la suite un doctorat, qui me permettrait de me structurer un peu plus dans un processus de recherches entrepris voici trente années. 

Le propos de mon labeur est résolument orienté sur un sujet polémique des sciences humaines et sociales : les rites d’agrégation des étudiants universitaires.

Le diplôme de départ semble me diriger  vers les arts.  La logique du thème voulant plutôt une légitimité scientifique afin d’être entendue. Fidèle aux propos d’Émile Durkheim en 1897, « Pour bien comprendre une pratique ou une institution, il est nécessaire de remonter aussi près que possible de ses origines premières.», j’ai opté pour une vision très large du sujet, et il m’est essentiel de pouvoir en proposer la lecture à la sagacité des experts, tout autant qu’en terme d’art. Car ma recherche tient pour une grande part des sciences humaines,tant par une approche immersive – comme en témoignent six carnets de croquis pris sur le vif, que par l’étude de documents et d’artéfacts issus de ces pratiques. Une année à la faculté de Sociologie à Rennes 2 en 2016 m’appris les bases de la méthodologie.

La pratique d’art fut pourtant à la source de la recherche, et doit en être aussi l’ultime étape.

Sujet de la recherche

L’esthétique des traditions étudiantes révèle une connivence avec la vie d’artiste. Que l’on évoque la Bohème dont l’apparence révèle une reprise des codes de vie des étudiants, des bals des Incohérents qui furent repris par les Associations Générales des Étudiants  françaises. Que l’on observe les us des étudiants du Royaume de la Bazoche, corporation ayant vécue quatre siècles, et qui est à la base du théâtre de comédie moderne par son émanation de la troupe des «enfans sans soucy». Plus loin encore  en invoquant les cultes à mystères de Bacchus, où le théâtre jouait déjà un rôle non négligeable, jusqu’aux origines pariétales révélées par les tribus les moins polluées par la modernité, nous montrant des similitudes réelles avec les pratiques bizutantes.


Peter Paul Rubens & Jan Breughel the Elder – Le banquet d’Achéloos [c.1615], crédit photo Gandalf’s Gallery sur Flickr.

L’artiste Commandant RoSWeLL

Mon orientation initiale,  se fit par un cursus artistique secondaire à l’Académie des Beaux-Arts de Bruxelles, puis à l’Institut Saint Luc de la même ville. Une formation annexe en Bande dessinée auprès de MM. Philippe Foerster & Gérard Goffaux à Jemappes dont je suis sorti avec mention.   Déjà à l’époque j’avais opté pour le pseudonyme d’artiste « Commandant RoSWeLL » pour raisons personnelles   principalement. Ce surnomme permit toutefois de m’intégrer plus facilement dans les réseaux liés à ma recherche. Une formation en conception multimédia dans les années 2000 complète le bagage.

Un emploi d’intérim au Bozar à Bruxelles fait opérer un virage dans mon parcours artistique. L’exposition « La Belgique Visionnaire » qui fut la dernière exposition montée par Harald Szeemann, m’ouvrit un champ de possibilités jamais envisagé auparavant.

La passion d’une vie

La recherche que je mène est avant tout issue de la passion d’une vie :

C’est une recherche qui part à contre-courant des mentalités de notre époque, ce qui la rend d’autant plus intéressante à explorer. Mettre volontairement la sensibilité des autruis entre parenthèses afin de proposer une formule plus sociale. 

Cette nécessité personnelle d’aborder ces traditions me prit en deux temps, d’abord en 1987, où sortant de la bibliothèque de l’Académie des Beaux-Arts de Bruxelles, après une après-midi d’exploration des artistes et de leurs œuvres je m’en allais, penaud de me rendre compte que j’ignorais quoi peindre et quel serait mon sujet. C’est précisément à ce moment-là que je fis la rencontre du cortège étudiant de la Saint-Verhaegen. Ce fut une révélation. Il me fallut deux années pour approcher et intégrer ces mouvements afin d’en comprendre les rouages alors que je ne possédais pas la qualification nécessaire à intégrer l’université. Le second temps est la parution en 1993 du livre «  Du bizutage des Grandes écoles et de l’élite» de Pascal Junghans et Emmanuel Davidenkoff. La sortie de cet ouvrage eut un fort impact médiatique, et parvint en Belgique où il fit polémique. Il semble être le point α ayant déclenché le processus de réprobation systémique des rites étudiants, ayant mené à la législation française de 1997.

Je compris alors que ma pratique se devait d’avoir un impact politique afin de démontrer que les actes commis dans les baptêmes, les bizutages, ne pouvaient se résumer à la volonté de perpétrer la douleur, qu’elle soit physique et/ou morale, sur autrui, ou à une volonté de vengeance. Tant d’années de fouille, de collection, d’immersion, mais aussi d’implication, d’expériences personnelles, d’analyses  vierges de toute formation universitaire.Tout cela sans cesser de pratiquer l’art. Sur un autre plan, la recherche effectuée au sujet des traditions m’a permis d’être reconnu au titre honorifique de docteur (sans aucune valeur autre qu’interne), par les membres du Collège des Archivistes du Musée Belge des Traditions Estudiantines. Ils sont composés de passionnés collectant informations et artéfacts, et sont dépositaires du Fond Jean-Denys Boussart.

Réception au titre de docteur Honoris Causa du Fond Jean-Denys Boussart. Crédit photo Hikarielle
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Réflexions de l’auteur


La pratique du roman plastique, comme toute écriture narrative, exige de la recherche. Celle-ci se révèle souvent comme cumulative aux publications scientifiques dédiées au thème qui m’occupe.

Les articles proposés ici sont les fruits des recherches et des réflexions de l’artiste.

Commandant RoSWeLL, à Liège en 2015, lors de sa réception au titre de docteur du Fond Jean-Denys Boussart
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